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Théologie du Corps
un regard catholique sur l'amour et la sexualité, d'après Jean-Paul II

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Qui ne dit mot ne consent pas

Par Incarnare , 22 octobre 2013

Qui ne dit mot de consent pas.

Me paierais-je le luxe de contredire un Pape ? C'est en effet Boniface VIII qui est à l'origine de l'adage "qui ne dit mot, consent". Mais rassurez-vous : c'est de procédure judiciaire que s'entretenait le Pontife[fn]précisant par là que celui qui ne fait pas appel d'une décision de justice est réputé y consentir[/fn], et non de relations intimes. Car en amour, qui ne dit mot ne consent pas. 

NRJ devrait s'en souvenir. Car en France, en 2013, il est aberrant qu'une chaîne de radio grand-public abrite un individu qui diffuse des vidéos où la "séduction" confine à l'agression sexuelle. Guillaume, "toucher une femme sans son consentement ne fait pas de toi un homme, ça fait de toi un lâche" te dit la dame sur la photo... 

***

Le consentement est en effet au coeur de notre capacité à entrer dans une relation vraie, c'est-à-dire une relation tournée vers le don et non vers l'appropriation de l'autre.

Le droit canon dit même qu'il est l'élément constitutif du mariage. (Canon 1057 : "C'est le consentement des parties légitimement manifesté entre personnes juridiquement capables qui fait le mariage; ce consentement ne peut être suppléé par aucune puissance humaine"). Plus que le fait de vivre ensemble ou d'avoir des relations sexuelles, c'est le fait d'avoir consenti librement qui constitue le mariage[fn]cf. Pie XI, Casti Connubii : "bien que le mariage, à raison de sa nature même, soit d'institution divine, la volonté humaine y a cependant sa part, qui est très noble : car chaque mariage particulier, en tant qu'il constitue l'union conjugale entre un homme et une femme déterminés, n'a d'autre origine que le libre consentement de chacun des deux époux ; cet acte libre de volonté, par lequel chacune des deux parties livre et reçoit le droit propre du mariage, est si nécessaire pour réaliser un mariage véritable que « nulle puissance humaine n'y pourrait suppléer »"[/fn]. C'est d'ailleurs du fait d'un vice du consentement que la plupart des nullités de mariage sont constatées[fn]cf. Canon 1095 à 1104[/fn]. 

Pour engager sa liberté, il faut en effet consentir, c'est à dire poser un acte de la volonté. Le corps (la sensualité) ou l'affectivité ne suffisent pas à consentir, à engager pleinement et librement la personne. Cette erreur est fréquente : une victime d'abus sexuel pourra se sentir coupable d'avoir ressenti un plaisir physique lors de l'agression, pensant de ce fait qu'elle y a consenti ; rien n'est plus faux. 

Sensualité et affectivité sont des puissances qui préparent le consentement, mais elles ne le font pas ; le sentiment amoureux prépare à aimer mais n'est pas l'amour. C'est la volonté, informée par la raison, qui - seule - peut engager la personne. Et elle ne peut le faire que librement, sans aucune contrainte. Il est ainsi parfois nécessaire aux fiancés de prendre du recul, une juste distance qui permet de faire taire momentanément les ardeurs[fn]pourtant bonnes[/fn] du corps et du coeur, pour consentir librement[fn]C'est d'ailleurs le ressort de la vidéo citée en introduction. Notez qu'à aucun moment le type ne demande "veux-tu m'embrasser ?" mais qu'il demande toujours "pourquoi tu ne m'embrasses pas ?", renversant en cela le processus de discernement qui conduit deux personnes à une vraie intimité...[/fn].

La volonté est sans doute l'acte le plus intérieur de la personne, l'intime de notre âme ; c'est précisément là que se joue également le dialogue de l'âme avec Dieu. Paul VI décrit magnifiquement la délicatesse de Dieu lors qu'il entreprend ce dialogue avec nous[fn]et en déduit le rapport que nous devons avoir avec le monde dans l'annonce de l'évangile[/fn] : 

 Le dialogue du salut fut inauguré spontanément par l'initiative divine : « C'est lui (Dieu) qui nous a aimés le premier » (1 Jn, 4, 19) ; [... Il]  est parti de la charité, de la bonté divine : « Dieu a tant aimé le monde qu'il lui a donné son Fils unique » (Jn, 3, 16) ; [... Il] ne se mesura pas aux mérites de ceux à qui il était adressé, ni même aux résultats qu'il aurait obtenus ou qui auraient fait défaut ; « Ce ne sont pas les gens en bonne santé qui ont besoin de médecin » (Lc, 5, 31)

Le dialogue du salut ne contraignit physiquement personne à l'accueillir ; il fut une formidable demande d'amour, qui, s'il constitua une redoutable responsabilité pour ceux à qui il était adressé (cf. Mc, 11, 21), les laissa toutefois libres d'y correspondre ou de le refuser ; il adapta même aux exigences et aux dispositions spirituelles de ses auditeurs la quantité (cf. Mt., 12, 28 et suiv.) et la force démonstrative des signes (cf. Mt. 13, 13 et suiv.), afin de leur faciliter le libre consentement à la révélation divine, sans toutefois leur ôter le mérite de ce consentement. 

Voilà pourquoi le consentement est si important, pourquoi il doit être respecté et pourquoi toute atteinte ou manipulation de ce consentement est assimilable à un viol. Dans le consentement se jouent, de façon essentielle, la liberté et la dignité de la personne.

"Peut-on être forcé d'adhérer ? Peut-on être forcé d'aimer ? On doit s'y disposer soi-même, consentir à la foi comme à l'amour".
  --- Eric-Emmanuel Schmitt, in L'évangile selon Pilate.

tags
liberté
consentement
viol
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Mariage
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